Evaluation et carte scolaire.
Pourquoi attendre 18 ans pour un rendez-vous citoyen ou un service civique obligatoire ? Un rendez-vous citoyen pourrait être rendu obligatoire pour chaque élève de 12 ans. Chaque canton, chargé de l’organiser, réunirait, sous l’autorité d’un élu et d’un pédagogue, des citoyens tirés au sort chargés d’évaluer, « en bon père de famille », les compétences en grammaire/ lecture / écriture – calcul, histoire, connaissance des institutions et de la sécurité routière, sur la base des acquis de « CM2 ». Ce qui permettrait d’évaluer du même coup l’efficacité des écoles du canton pour les savoirs fondamentaux et d’en tenir compte concrètement pour la politique cantonale de l’école. Une leçon simple mais spécifique, dans une discipline aléatoire, serait à apprendre pour le jour de l’épreuve. Elle permettrait de tester les efforts de discipline (disposition à apprendre) et de mémorisation de chaque élève. Une matière à option choisie par le jeune –géographie , sciences expérimentales, langue, musique, arts plastiques, travaux manuels, implication dans la vie sociale ou sportive, informatique… donnerait l’occasion à l’enfant de révéler ses choix, de rendre compte de ses premières expériences personnalisées. Les élèves en difficulté seraient repérés et conseillés ; en cas d’échec sur les savoirs fondamentaux, ils seraient orientés positivement vers des structures adaptées et auraient deux ans au moins pour parfaire leurs acquis et choisir leur orientation. Un rapport sur leur respect de la discipline à l’école et hors l’école acompagnerait éventuellement l’enfant qui aurait l’occasion de le commenter et de recevoir éloge ou blâme ; et dans les cas d’indiscipline notoire –condamnation par un juge des enfants, récidives nombreuses repérées et révélées par le maire ou le chef d’établissement– d’être orienté vers une structure plus contraignante que le collège de son quartier. L’élève pourrait aussi se choisir pour cette épreuve un « parrain », qui se porterait garant des efforts qu’il fait pour surmonter ses difficultés, pour atteindre ses objectifs, qui rendrait compte des problèmes liés à son milieu ou à ses difficultés matérielles, et qui apporterait éventuellement à son expression orale la maturité qui lui manque. Convoqué individuellement, chaque élève prendrait conscience que tous les Français font des efforts pour que l’école l’aide à se réaliser et à s’adapter au monde, et qu’il a des comptes à rendre à la nation de l’éducation qu’il reçoit ; qu’il peut être respecté dans ses choix personnels à condition de ne rien négliger de ce qui est fondamental. Encore enfant, il est légitime qu’il soit évalué, jugé, voire semoncé par des adultes ; mais ayant atteint l’aube de l’adolescence, il comprendrait qu’on le prépare ainsi à prendre plus tard ses responsabilités de citoyen ou de résident solidaire.
Etalés sur toute l’année civile, solennisés dans l’esprit de l’ancien certificat d’études, ces contrôles échapperaient aux seuls enseignants. De fait ils rendraient les maîtres responsables non plus seulement face à leurs pairs ou à leur hiérarchie, mais face à l’ensemble des citoyens, immédiatement impliqués dans l’appréciation de l’efficacité de leurs méthodes au regard des moyens mis à leur disposition. A la fin de l’année civile un responsable cantonal, président du jury, établirait un rapport qui ferait pièce pour améliorer au niveau local, le système scolaire, dans ses structures, ses méthodes et ses contenus. Synthétisés au niveau national, ces rapports pourraient éclairer les décideurs sur les grandes orientations à prendre, sur l’école élémentaire notamment, ou sur les options à créer pour répondre aux attentes ou aux difficultés exprimées par les élèves. Grâce à cet instrument rendu public, investissements, cartes scolaires, centres spécialisés, formations adaptées, effectif du personnel et des élèves, renforcement des moyens, pourraient être mieux ciblés et mieux compris par tous. La formation et le recrutement des maîtres pourraient être diversifiés par rapport aux objectifs à atteindre et aux moyens mis en oeuvre.
Il semble qu’un tel rendez-vous républicain coïnciderait parfaitement avec le programme de M. Bayrou, soucieux de restaurer l’esprit civique, de mieux évaluer l’efficacité de l’école, et de rendre aux pouvoirs locaux et aux citoyens des responsabilités directes que la centralisation traditionnelle en France tend à leur dénier. Mais au-delà des clivages politiques, puisse cette idée de rencontre rituelle intergénérationnelle généralisée se révéler consensuelle.
GF
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