Bonjour à tous !
J’ai été formatrice avant d’être prof. Et je suis désolée de voir que ce vieux débat stérile de la formation continue qui crache sur la formation initiale dure encore...
Pour avoir exercé les deux fonctions, j’ai appris une chose : bien sûr, les élèves sont géniaux et ils sont d’autant plus géniaux et motivés lorsqu’ils sont sortis de l’école et qu’ils ont vu ce qu’était la vie au dehors et le monde impitoyable du travail. D’où le fait que l’on travaille avec bien plus de facilité en formation continue. Je n’avais pas de problème de violence, de manque de respect permanent, d’une absence permanente de motivation...
Aujourd’hui je travaille avec des classes qui peuvent aller jusqu’à 30 élèves en cinquième. (J’ai fait 38 en Seconde...)ça n’est pas un problème en soi, si les réalités sociales n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui.
Les familles sont la plupart du temps monoparentales et le suivi parental des élèves n’est jamais fait. Le travail personnel n’existe pas. L’idée de faire un effort quelqu’il soit leur est simplement insupportable. Il s’agit de générations à qui l’on n’apprend pas la frustration. Alors, quand je me pointe en leur disant que telle règle doit être apprise par coeur parcequ’elle ne va pas tomber du ciel, et qu’il faut travailler pour réussir... Et les parents préfèrent céder que d’entrer en conflit, alors...
Quant au manque de moyen, il est récurrent (et je ne parle pas de rétroprojecteur). On a peu à peu sorti de l’EN tous les adultes référents susceptibles d’aider ces jeunes en manque de repères (à un moment où la société en a cruellement besoin) :exit les infirmiers, exit les pions (on a embauché des vigiles à la place), exit les psys, les médecins, les Assistantes soc... Je me retrouve à exercer tous ces métiers à la fois. C’est rude.
On est en train de fermer toutes les SEGPA, CLI, CLA où l’on pouvait prendre en charge avec un personnel spécialisé des enfants en très grande difficulté, voire en rupture scolaire. Où vont ils atterrir ? Au collège bien-sûr !
Certaines de mes classes relèvent plus de l’éducateur que du professeur et certains de mes élèves, du psychiatre, oui, du psychiatre (et je ne suis pas formée pour les prendre en charge) ! Comment faire pour les aider ?
Allez faire avaler le programme de sixième en français (Les métamorphoses d’Ovide par ex) à un élève illettré en rupture scolaire ! (oui les programmes sont à réviser)
On a fait croire à des générations entières (dont certaines sont aujourd’hui nos parents d’élèves) que l’on pouvait travailler et apprendre sans effort : exit les devoirs à la maison,exit la grammaire, exit l’orthographe... Mêlez à tout ça le fait que certains parents ne travaillent plus depuis longtemps, et vous obtenez des générations entières d’enfants sacrifiés. Et puis, pour des raisons budgétaires, on a fait le choix politique de supprimer tout redoublement à certains niveaux (j’ai vu des élèves passer avec 1.5 de moyenne en français !!!)en décridibilisant au passage le corps enseignant tant auprès des élèves que des parents.On peut donc bien réussir sans travailler !...Et comme on vit dans une société de l’apparence, l’honneur est sauve pour tous (élèves bien-sûr, et parents qui peuvent clâmer haut et fort que leur rejeton est passé en classe supérieure en omettant de préciser les résultats !)
On a désacralisé l’enseignement. Aujourd’hui, on s’en mord les doigts !
Nous, enseignants sommes alors sans cesse sollicités pour réparer les maux de la société et les erreurs du passé et c’est tant mieux. Mais c’est très dur. Et, je comprends que certains finissent alcooliques et fatigués. Et je trouve honteux les propos tenus à leur sujet. Comme par hazard, ça n’interpelle personne que les HP soient remplis d’enseignants ! Ces feignants ! Ils trouvent encore là sûrement l’occasion de se reposer aux frais de la princesse !
Alors, on a beau monter des projets, essayer d’enseigner différemment... S’il faut en plus se battre pour avoir du matériel, et éviter les crachats de certains...
Je dis à tous les donneurs de leçons qui ont la critique facile de venir une heure, juste une heure enseigner à ma place !
Heureusement pour moi, c’est une vocation et j’ai encore le feu sacré. Et je suis émue aux larmes lorsqu’un élève en difficulté réussit. Mais c’est un pour combien ? Et jusqu’à quand ?
Le débat stérile que j’ai lu ici me fait froid dans le dos... Mon dieu ces gens vont voter (et mes élèves aussi d’ailleurs sont de futurs électeurs) !!! Il y a mieux à faire qu’à s’étriper !
Moi, je trouverais intéressant de faire de la formation continue en amont du système scolaire un véritable outil de réintégration sociale (ce qu’il est dejà mais si peu) mais en collaboration avec l’EN. Ces deux systèmes fonctionnent en vase clos. Ainsi , on pourrait permettre aux enfants de pouvoir faire machine arrière. Ce que le système ne permet jamais. Ainsi on retrouverait les enfants, plus tard et plus mûrs, plus aptes à recevoir un enseignement. Combien d’anciens élèves m’ont dit après quelques années de galère sur le marché de l’emploi : "comme j’aimerais retourner à l’école !" Mais le système ne le permet pas ! Dommage !
Voilà quelques idées en vrac.
Ah ! Et j’oubliais de dire que la plupart de mes collègues sont des professionnels qui travaillent avec sérieux et mettent toute leur compétence au service de l’élève. Au cas où certains l’auraient oublié...
Je joins en annexe ce document qu’il est urgent de connaître et de faire connaître pour ceux qui ne sauraient pas. Ce qui n’est pas étonnant, il n’est plus dans les attributions des médias d’informer ! :
"Enseignants fainéants
Un texte d’un enseignant, adressé aux enseignants. Mais qui pourrait bien être intéressant à lire pour ceux qui ne font pas partie du club histoire de remettre quelques pendules à l’heure...
Bonne lecture ».
IL FAUT REVOIR LE TEMPS DE TRAVAIL DES ENSEIGNANTS !
LE DECRET DE 1950 EST VRAIMENT TROP VIEUX !
Actuellement, le temps de travail d’un enseignant de collège ou de lycée est de 18 heures par semaine. C’est, pour les professeurs certifiés, le seul élément fixe et clair relatif au temps de travail qui leur est demandé. Il a été fixé par une décret datant de 1950. Rendez-vous compte !
Ce qui détermine ce qu’un enseignant doit à la nation date de 56 ans. Il est vraiment temps de se pencher sur un problème aussi lourd de conséquences.
18 heures par semaines ! Quel salarié ne voudrait pas travailler aussi peu pour d’aussi bons salaires ?
Comment le législateur a-t-il pu créer en 1950 un statut aussi avantageux ?
Il faut peut-être y regarder de plus près. En fait, ce temps a été conçu en prévoyant qu’un enseignant travaille 1,5 heures chez lui pour une heure devant élève afin de préparer ses cours, évaluer les élèves et actualiser ses connaissances dans sa discipline. Cela fait 18 fois 2,5 heures (1 devant les élèves et 1,5 à la maison), soit 45 heures hebdomadaires. En effet, le temps de travail légal de l’époque s’il était légalement de 40 heures par semaine, était en réalité de environ 42 h par semaine, sur 50 semaines.
Mais que s’est-il passé depuis pour les enseignants ? Rien ! Alors que pour les autres salariés il y a eu la troisième semaine de congé payé en 1956, puis quatre en 1969. Les 40 heures réelles ont été atteint au début des années 70 (elles étaient un droit depuis 1936).
Mais ça n’est pas fini : il y a eu les 39 heures et la cinquième semaine en 1982, puis les 35 heures en 2000. En somme le temps de travail hebdomadaire pour les salariés a baissé de 25 %. Mais les enseignants doivent toujours le même service.
C’est au moins un enseignant qui écrit cela vous dîtes-vous, en lecteur éclairé ! Certes je l’avoue, je fais partie de ces privilégiés. Car, comment peut-on parler de temps de travail sans parler des vacances ? Hé bien justement, le législateur a tout prévu et cela de deux façons. D’abord 45 heures dues quand les autres devaient 42, ça c’est pour les petites vacances (Toussaint, Noël...). Car les vacances c’est pour que les élèves se reposent. Donc notre temps de travail était annualisé. Mais, et les deux mois d’été alors ? Là, c’est un tout petit peu plus compliqué. Certains enseignants ne le savent même pas, d’ailleurs. Cela se situe au niveau de la grille des salaires. Notre grille a été, elle aussi, fixée en 1950 au même niveau que les autres cadres de la fonction publique recrutés avec un concours au niveau bac + 3. Mais à cette grille, il nous a été retiré deux mois de salaires, puis le résultat a été divisé par 12. (Par exemple si un inspecteur des impôts est payé 2000 € par mois il recevra 24 000 € par an, alors que pour la même qualification, un enseignant recevra aussi 2000 € par mois mais sur 10 mois, soit 20 000 € par an. Cette somme est ensuite divisée par 12 et donne 1667 € par mois).
Hé oui, les enseignants ne sont pas payés pendant les grandes vacances.
Oui bon d’accord, peut-être que nous ne sommes pas si privilégiés que cela concernant le temps de travail. Mais côté salaires, quand même, nous ne sommes pas à plaindre ! Hé bien soit, comparons :
Nous sommes nettement en dessous de la moyenne des cadres du privé comme du public (qu’on nous prouve le contraire). Mais, à mes yeux, l’exemple le plus frappant de la dégradation de la valeur que la nation accorde à ceux qui éduquent ses enfants est le suivant. Le salaire de départ d’un enseignant en 1970 était 2 fois supérieur au SMIC. Aujourd’hui, il n’est plus que 1,2 fois plus élevé. Autrement dit si comme le PS l’a écrit dans son projet le SMIC augmentera de 25 % au cours des cinq ans à venir (et l’UMP l’a augmenté au même rythme annuel dès cette année), un enseignant débutant gagnera moins que le SMIC. Faudra-t-il en arriver là pour que la société se rende compte de la dégradation de notre situation ?
Alors oui le décret de 1950 est vieux ! Il est vraiment temps de le toiletter comme le disent nos gouvernants ! Mais dans quel sens ? Est-ce en faisant en sorte que devions travailler plus pour gagner autant (ou moins) comme veut le faire M de Robien ? »
Laurent TARILLON, enseignant de sciences économiques et sociales à Grenoble.
PS : Ce texte est libre de droits. Vous pouvez le faire circuler autant que vous le voulez."
Voilà merci à tous et félicitations pour ce site !
Cécile
Voir en ligne : enseignants feignants
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