Je suis tout à fait d’accord avec vous, nous sommes parfois un peu coupé du monde de l’entreprise, mais ce n’est pas par choix, mais par manque de temps et surtout par demande de l’Etat.
Le but du socle commun, même si je n’aime pas cette expression et la façon de l’imposer dernièrement par le ministère, n’est pas de dévaloriser les filières techniques mais de permettre à tous les élèves d’avoir un certain nombre de connaissances et de compétences qui vont lui permettre de devenir un citoyen actif et non passif et surtout de ne pas subir ni son orientation, ni sa vie.
Je vous signale en passant que le système à l’Allemande est remis en cause par l’Etat allemand lui-même, car cette formation a conduit à de gros problèmes : les grosses difficultés pour ces élèves à se reconvertir par la suite en cas de problème. Par contre, il faut revaloriser l’enseignement professsionnel en France, et cela passe par les parents, car combien de fois ai-je entendu : non mon fils ou ma fille ne fera pas un BEP ou un CAP, il ou elle ira en seconde. L’enfant va en seconde et il y connaît l’échec et va ensuite en filière professionnel.
Il faut que l’élève puisse choisir son orientation et cela passe par une bonne acquisition des connaissances de base au niveau du français, des mathématiques et de la culture générale, car n’oublions pas que nous sommes là-aussi pour former des citoyens.
Lorsque nous parlons de moyens, les enseignants ne parlent pas de moyens financiers, mais de moyens en heure et en matériel. Il faut que l’on nous permette de mettre en place des heures de soutien, avec un horaire bien défini, et pas pendant le midi, et que ces heures soient reconnues en tant que telle, et ne soient pas comme aujourd’hui le fait du bénévolat. On ne peut pas permettre toutes les suppressions de postes qui vont avoir lieu l’année prochaine, car au lieu de diminuer les effectifs par classe, cela va les augmenter.
Les questions que vous poser sur le changement en profondeur de l’Education nationale, nous nous les posons aussi. Il faudrait qu’il y ait un vrai débat, non faussé entre ce que l’Etat veut de l’enseignement, comment nous, les professionnels nous le voyons et ce que les parents attendent de l’école. La plupart d’entre nous sont écoeurés du fait que l’on ne puisse rien faire contre un collègue incompétent. J’ai eu le cas d’un professeur de ce type dans mon collège et c’est vrai qu’il n’avait rien à faire face à des élèves. Il faut donc prévoir des portes de sorties pour ceux qui ne sont pas aptes à enseigner.
Au niveau de notre formation, il faudrait qu’elle arrive plus tôt et qu’elle permette de vérifier qui est apte ou non à enseigner avant de passer les concours d’enseignement qui sont très difficiles : il faut en moyenne entre deux et trois ans pour l’avoir. Notre formation est en générale plutôt bonne, mais il faudrait qu’elle soit plus précoce : on arrive en septembre devant nos classes, sans avoir reçu aucune formation. Il faudrait peut-être un système comme pour le primaire de stages. Il est très difficile d’avoir une classe ou deux en gestion alors qu’on ne sait pas comment faire un cours.
Il faudrait aussi que l’Etat arrête de nous en demander de plus en plus sans rétribution salariale. Je rappelle qu’il a tout intérêt à nous demander de faire des heures supplémentaires car elles ne sont payés que la moitié des heures normales. Ce qui nous gêne le plus dans les réformes de l’Etat, ces dernières années, c’est qu’elles vont contre l’intérêt des élèves ou que lorsqu’elles vont dans le bon sens, on ne donne pas les moyens pour y arriver. Un exemple, les fameuses PPRE : les projets personnalisé de réussite de l’élève que l’on doit mettre en place pour tous les élèves : on est censé suivre les élèves, mais aucune heure n’est donné pour cela par le ministère : comment fait-on alors ? à la récréation, en heure supplémentaire, ce qui n’est pas toujours possible.
Bref, beaucoup d’entre nous voulons une refonte en profondeur du système éducatif, mais pas n’importe comment, et surtout pas en s’attaquant à nos compétences : j’en ai assez d’entendre les gens dire : ce sont des feignants, ils ne travaillent que 18 heures par semaine et ont trois mois de vacance. Il faudrait que l’on revienne à un vrai respect mutuel. Si un professeur puni un élève ce n’est pas parce qu’il n’aime pas l’élève, c’est que ce dernier l’a mérité. Je vais donner un exemple d’un professeur des écoles qui est parti à la retraite l’année dernière : elle me disait, il y a 15 ans lorsque les parents venaient chercher leurs enfants à la sortie de l’école, ils lui demandaient : tu as été gentil(lle) avec la maîtresse et maintenant, ils disent : la maîtresse a été gentille avec toi.
Je crois que le vrai problème actuellement, c’est que le débat oppose des avis extrêmes et il est même parfois partial lorsque le ministère s’y met. Il faudrait aussi que les parents n’oublient pas que ce ne sont pas les enseignants qui font les programmes et qu’ils doivent appliquer les ordres du ministère.
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