Le problème que tu poses, Florian, est très complexe. Si tu dois reprendre une formation, je ne peux que te conseiller (pour le moment) de réfléchir pour choisir un métier qui ne se délocalise pas. Par exemple, aide soignant, infirmier, plombier, etc. Tous les métiers de proximité sont bons. Si tu es infographiste, je t’invite, en même temps, à créer un site sur Internet pour te faire connaître mondialement. J’ai un ami qui a fait cela et qui croule sous le travail : il est traducteur. Il travaille chez lui pour des clients étrangers.
Jusqu’ici, toutes les mesures de relance économique prises par l’état marchaient, parce que nous étions dans un système économique fermé qui ne nous mettait pas dans une concurrence féroce avec le reste du monde. Aujourd’hui, avec la mondialisation des échanges, nous sommes dans un système économique ouvert sur le reste du monde. Cela veut dire que nous sommes en concurrence directe avec d’autres travailleurs, géographiquement éloignés de nous, mais qui bossent pour des salaires très / trop compétitifs. J’ai entendu un spécialiste dire récemment : "il n’y a pas pire que la misère qui cherche à se sortir de sa condition". C’est le cas du travailleur Chinois, il ne faut pas le blâmer, qui est prêt à travailler 50 heures par semaines pour 80 Euros par mois chez des équipementiers automobile délocalisés en Chine. Pour lui, 80 Euros, c’est tout juste de quoi s’en sortir dans la ville de Shangaï. C’est pourquoi il est prêt encore et encore à faire des heures sup. Sa femme et son enfant vivent à 1000 Kms de lui. Il n’a pas les moyens de les nourrir, alors ils sont restés à la campagne. Tu vois que, quand il y a des êtres humains qui vivent dans ces conditions, quand il y a un gouvernement Chinois qui pratique ce que l’on appelle "le protectionisme social" (offrir de bas salaires pour attirer des investisseurs), c’est difficile pour la France et ses voisins de soulever le défi. Ce qui est dangereux pour nous à long terme, c’est que ces entreprises ne se contentent pas de délocaliser. Elles font un véritable transfert de technologie. Les Chinois acceptent des entreprises sur leur territoire à condition qu’elles fassent travailler la main d’oeuvre locale et que leurs ingénieurs soient formés. On prévoit que d’ici quelques années, leur industrie automobile aura rattrapé la notre et même au delà.
Je sais que mes propos sont inquiétants, mais je pense que, si nous voulons réagir, il faut que nous arrêtions de nous voiler la face. 35h par semaine contre 50 à 60h, 2500 Euros contre 80 Euros, tu vois que le problème est de grande envergure. Les syndicats sont complètement impuissants car nous avons opté (et c’est la gauche qui a fait cela) pour la libre circulation des biens et des capitaux et la libre entreprise.
Il ne faut pas non plus en vouloir aux patrons Français. Certains se sont vus pris à la gorge face à cette nouvelle concurrence démesurée et, dans la panique, ont revendu leur entreprise au plus offrant, c’est à dire aux fonds de pension américains. Dès lors, les décisions ne se font plus en France mais outre Atlantique. Peut importe pour ces gens là de licencier. Ils sont loin, loin en tout cas de l’affectif. Notre gouvernement, quel qu’il soit ne peut rien faire. Sa politique budgétaire ne fonctionne plus, en tout cas pas si elle est prise de façon isolée (il y a une interdépendance des états), sa politique monétaire lui échappe puisque c’est la Banque Centrale Européenne qui s’en charge et sa politique de l’emploi ne peut fonctionner qu’en association au moins avec ses partenaires Européens. Le problème est qu’il n’existe aucune instance mondiale pour réguler ce système capitaliste qui s’est emballé. Après la chute du communisme, tout le monde a pensé que c’était le modèle capitaliste qui s’imposait. Mais là, on commence bien à en voir les limites. Sais tu pourquoi la Russie des Tzars puis l’URSS se sont effondrées ? Et bien dans les deux cas, les gouvernants n’ont pas su faire les grandes réformes qui s’imposaient à temps. En France, nous nous reposons sur des acquis que certes, nous avons mérités et milités. Mais la distribution des cartes a changé ! La balle n’est plus dans notre camp. Ce qui se passe au niveau planétaire, c’est que les gens qui vivaient dans la misère commencent à en sortir peu à peu. Il y a encore de grandes disparités, mais à horizon de 50 années, peut être plus ou peut être moins, les niveaux de vie vont se niveller. Le Chinois ne va pas tarder à demander protection sociale et c’est d’ailleurs l’objectif du gouvernement de Pékin depuis le début. La Chine est socialiste mais elle a accepté de se lancer pour quelques années dans le capitalisme afin d’attirer des entreprises et de lancer une croissance économique. Après quoi, les entreprises qui ont été attirées par la Chine comme du miel vont devoir cracher les cotisations sociales comme ailleurs. En attendant, c’est nous qui souffrons. Notre gouvernement ne peut pas prendre des mesures protectionistes parce qu’il s’exposerait à des représailles de la Chine qui représente aussi un sacré marché pour nous.
Pour finir, je voudrais t’exposer le cas de la Suisse. La Suisse a un niveau de salaire élevé. Oui, mais la vie y est chère. Pourquoi ? Parce qu’elle privilégie tout ce qui est fabriqué dans le pays. Elle pratique un protectionisme total. On voit encore, entre Zürich et Lausanne, toutes les industries que nous avons perdues. Mais les Suisses se plaignent que la vie est chère. Par exemple, ils râlent parce que le beurre, importé de France, est taxé par leur gouvernement (tarifs douaniers). Ils râlent parce qu’ils doivent payer cher leur assurance maladie. Tu vois que dans tous les cas, il s’agit de payer à son véritable prix tout produit fabriqué par les autres. Nous, on se plaint, mais on achète très souvent des produits à bas prix issus d’un commerce non équitable. En faisant cela, on se conduit de la même façon que les patrons que l’on accuse parfois d’exploiter la main d’oeuvre. Je pense qu’il faut se rendre davantage responsables de nos actes d’achat. Si nous aussi on disait aux Chinois : OK, on vous achète vos produits, mais vous venez les fabriquer chez nous. C’est ce qu’ils font avec nous en ce moment.
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