Cher monsieur vos propos ne sont pas tout à fait cohérents dans votre premier paragraphe.
Vous dites qu’il faut, pour relancer les investissements, favoriser les placements. C’est une abération. Ce qui est épargné n’est pas investi ! L’épargne est l’opposé de l’investissement. Nous parlons ici à un niveau microéconomique.
Si on regarde cela d’un point de vue macroéconomique, on peut voir les achats étrangers d’euros (favorisés avec un taux directeur supérieur à la moyenne) comme des investissements dans notre monnaie, mais ce n’est pas vraiment votre propos ici.
En diminuant les taux d’intérêts, on rend moins chers les emprunts, les entreprises vont donc pouvoir faire de plus importants investissements, et ainsi augmenter la croissance de l’économie (et de l’emploi). La croissance économique comme vous le dites implique une augmentation des prix (= augmentation de l’inflation).
Avant l’introduction de l’euro et de la politique monétaire commune, les gouvernements (entre autres français) jouaient effectivement avec leur monnaie, et ont provoqué plusieurs crises. Les oscillations de l’inflation étaient importantes.
Depuis la mise en place de la BCE, l’inflation s’est montrée extrêmement stable (évolution très contrôlée), respectant les objectifs fixés par les traités européens, c’est-à-dire une inflation annuelle en-dessous mais proche de 2%.
Contrairement à la Fed (Banque centrale des USA), la Banque Centrale Européenne n’a pas dans ses objectifs (fixés je le répète par nos politiciens dans les traités) le soutien de la croissance. Ce rôle revient aux gouvernements des différents pays de l’Eurozone, qui ont les outils nécessaires pour améliorer la croissance sans devoir recourir aux taux directeurs.
Dans la pratique, on constate actuellement que la Banque Centrale a assuré la pérénité de l’Eurozone, en contrôlant extrêmement bien l’inflation. Néanmoins, elle est actuellement fort critiquée, entre autres par les politiciens français, pour sa politique actuelle de relèvement des taux.
Les hauts taux de la BCE et sa stabilité (ainsi que son sérieux) font que l’Euro a fortement attiré les puissances étrangères, voyant cette monnaie comme une valeur sûre et par ailleurs rémunératrice. La demande d’Euros a augmenté progressivement, dans un contexte de chute du dollar américain, ce qui a rendu notre monnaie forte.
Aujourd’hui, l’Euro est plus fort que le dollar (1€ = 1,33$). Cette force de l’Euro nous permet d’obtenir pour moins d’argent des produits vendus en dollars. Les importations européennes de produits libellés en dollars sont donc favorisées, car à notre avantage. A l’opposé, nos produits deviennent plus chers pour les acheteurs possédant des dollars, et ils deviennent donc moins intéressants. Nos exportations sont dès lors défavorisées, ce qui pose problème à nos entreprises exportatrices.
La monnaie forte et stable a cependant des avantages. Elle est rémunératrice d’une part, mais permet de mieux résister aux chocs tels que les crises pétrolières (le pétrole étant libellé en dollars, il nous revient moins cher. Cela explique le fait que nous n’avons pas ressenti de manière significative la hausse des prix du pétrole).
A court terme, on peut dire que les entreprises peuvent compenser leurs pertes en exportation par leurs gains en importations. Les entreprises dépendant uniquement de l’exportation sont en plus mauvaise posture.
Quoi qu’il en soit, la situation actuelle n’est pas impossible à vivre pour les entreprises. Nous sommes en situation de (très) bonne croissance. La France semble avoir quelques problèmes, mais ses voisins (l’Allemagne par exemple) ont eux réussi à augmenter leurs exportations. Les politiciens français, avant de remettre en cause le système, devraient plutôt commencer par se remettre en cause eux-mêmes.
Il est certain qu’il est impensable de placer la BCE sous contrôle politique (comme le prônent, à cause des élections proches, les politiques français). Cela nuirait gravement à sa stabilité et sa crédibilité (absolument nécessaire pour influencer les marchés). Les politiciens sont effectivement souvent tentés, à l’approche d’élections, d’adopter une politique financière accomodante (trompeuse) envers le citoyen, en supprimant un impôt par exemple.
Donner le contrôle de la BCE aux politiciens entraînerait à coup sûr des polémiques constantes entre les pays de l’eurozone, chaque politicien désirant adapter selon ses besoins la politique monétaire.
Seul un organe indépendant, constitué de spécialistes (économistes), peut être efficace.
Néanmoins, il est vrai que le système n’a pas été correctement pensé à la base, il aurait fallu comme pour la Fed inclure dans les objectifs de la BCE un rôle de maintien d’une situation de croissance économique positive pour l’ensemble des membres de l’Eurozone.
Espérant avoir été clair,
bien à vous,
G. Lefèvre
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